Lorsqu’il s’agit de la vie des femmes, certains hommes, se portant à la défense de ceux qui les assassinent ou qui leur font violence atteignent le paroxysme de l’indépendance.
C’est le cas de la coalition des droits des hommes qui s’est mobilisée afin de dénoncer les féministes qui manifestent devant le palais de justice de Saint-Jean-sur-le-Richelieu chaque fois que Marcel Samson comparaît. Rappelons brièvement que M. Samson est accusé d’avoir tué sa femme qui s’était réfugiée dans un centre d’hébergement pour femmes violentées.
Le plus irritant dans tout cela, ce n’est pas tant le soutien que la coalition apporte à Samson dans le but de voir à ce qu’il ait un procès équitable mais les arguments pernicieux invoqués pour discréditer les féministes qui, elles aussi, ont le droit de manifester. Manifester parce que les femmes qui portent plainte pour violence conjugale sont rarement prises au sérieux avant que l’irréparable se produise. Manifester parce qu’une femme violentée a le courage d’aller chercher de l’aide dans un centre d’hébergement et que, même là elle se transforme en victime.
Mais, venons-en au discours aberrant de Monsieur Jean Piché que j’ai lu dans le journal de Montréal du 12 août dernier : « Depuis des années, les féministes prennent toute la place. Chaque fois qu’il se passe des événements de ce genre, elles récupèrent et en profitent pour forcer les gouvernements à adopter des lois qui touchent tous les hommes. »
Premièrement, j’aimerais dire à ce monsieur que si les féministes doivent manifester ainsi pour le procès de Samson, c’est que le système de justice, tributaire des lois écrites par et pour des hommes, réserve souvent des sentences complaisantes aux meurtriers intimes des femmes . Pour éviter au pauvre type de croupir derrière les barreaux, on invoque la dépression, la privation d’amour maternel dans l’enfance, l’obstination de la conjointe à ne pas discuter avec le présumé meurtrier avant le drame, etc… C’est toujours la même salade ! Et après, on ose venir nous dire que les hommes sont victimes ! Victimes de quoi? Excusez-moi, mais dans ce cas-ci, il y a eu mort de femme, au cas ou monsieur Piché l’aurait oublié.
Ensuite, laissez-moi vous dire que si les féministes prenaient autant de place que vous le dites, monsieur Piché, des événements atroces comme celui-là arriveraient moins souvent. En effet, si l’on réfère au dernier rapport publié par le ministère de la Sécurité publique, Violence conjugale, statistiques 1997, 53% des actes de violence commis à l’égard des femmes dans la région de Montréal sont le fait des hommes qui partagent ou qui ont partagé leur vie.
De plus Monsieur Piché, à vouloir réclamer justice pour Marcel Samson, vous risquer de lui nuire plus qu’autre chose. Si justice était rendue comme on le fait pour le meurtre d’un autre homme ou pour d’autres actes criminels, Monsieur Samson écoperait de 25 années fermes. Très peu de crimes contre les femmes ont reçus de telles sentences. La majeure partie du temps, la clémence de le cour est marquante, hélas…
Enfin, débattre l’idée que les féministes empêchent le déroulement d’un procès équitable pour Marcel Samson est carrément scandaleux, compte tenu du fait que le porte-parole de la coalition pour la défense des droits des hommes détourne l’opinion publique du vrai problème. Le droit le plus fondamental de tout être humain est d’abord le droit à la vie et au respect de son intégrité physique et psychologique. Dans le verdict juridique à venir, je tiens à rappeler à Monsieur Piché que la victime de l’acte criminel de son ex-mari n’est plus là pour témoigner.
Gisèle Pomerleau



