C'est dans le cadre du projet Prendre sa place et y demeurer - Comment les femmes s'essaient, vont et restent en politique de la Table des groupes de femmes de Montréal, que nous assistions avec beaucoup d'intérêt, le 21 janvier dernier au premier souper-débat sur La pensée féministe et les structures actuelles du pouvoir.
Six invitées d'honneur bien connues du monde de la politique participaient en tant que panélistes à cet activité. Un panel très intéressant puisqu'il regroupait de grandes politiennes d'expérience, soit Mme Marlene Jenning, députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine (Parti Libéral du Canada), Mme Louise Harel, députée d'Hochelaga-Maisonneuve (Parti Québécois), Mme Léa Cousineau, présidente de la Commission des partenaires du marché du travail, Mme Rita Dionne Marsolais, députée de Rosemont (Parti Québécois), Mme Agnès Maltais, députée de Tachereau (Parti Québécois) et Mme Lisa Frulla, députée de Verdun-Saint-Henri-Pointe-Saint-Charles (Parti Libéral du Canada).
L'élément fort de la soirée fut sans aucun doute la présentation orale de chacune de ces femmes d'expérience en politique. À tour de rôle, elles ont pris la parole et elles ont donné leurs points de vue en ce qui concerne l'apport et l'évolution de la pensée féministe face au politique; l'importance de la présence de plus de femmes au niveau des instances décisionnelles où celles-ci sont encore aujourd'hui sous-représentées; la façon différente de faire de la politique au féminin; certaines difficultés rencontrées en tant que femmes dans ces lieux politiques, la nécessité d'encourager et de soutenir les nouvelles candidates, etc.
Plutôt que de vous donner un compte-rendu détaillé de cette riche soirée, nous préférons vous présenter quelques-unes de leurs affirmations, les plus «piquantes», celles qui ne laissent pas indifférentes. Nous souhaitons qu'elles vous apportent matière à réflexion et - qui sait? - qu'elles vous alimentent afin de susciter des débats et discussions, soit avec vos collègues de travail ou encore avec vos ami(e)s.
Marlene Jenning (première femme de couleur et première femme de minorité visible à être élue au Sénat)
- La pensée féministe apporte à la pensée politique.
- La politique est une lutte. Il ne faut pas compter que sur la solidarité féminine mais plus compter sur ton organisation.
- Oui, on peut garder nos convictions féministes en politique.
- Oui, on peut travailler avec d'autres femmes - même avec des adversaires de d'autres partis.
Louise Harel (Porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé)
- Son principe féministe : À mérite égal, je choisis une femme.
- La politique est un rapport de force, un combat.
- Il y a eu progrès sur la démocratie pour les femmes au cours des années : 1- Droit de vote 2- Financement démocratique, plus besoin d'être riche pour se présenter en politique. Cet héritage de M.René Lévesque en 1976 permet aux femmes et aux jeunes de se présenter plus facilement en politique.
- En politique, la règle du jeu est de se faire sortir du jeu.
- À l'opposition, on travaille sur le souhaitable, au pouvoir sur le réalisable.
- On arrive en politique avec un héritage au féminin. On sait négocier, on sait concerter. On le fait très bien au quotidien avec les enfants, avec le conjoint, avec la famille, etc.
- Les femmes aiment les règles, le " Fairplay "
- Vaut mieux persuader qu'imposer. Vaut mieux concerter que confronter.
- De 1976 à 2004 (28 ans) - C'est la première fois que plus qu'une femme qui siègent en même temps.
- Il y a de la solidarité entre politiciennes. Nous organisons des soupers, des rencontres de ministres-femmes. Il existe un réseau de femmes parlementaires.
- La plus grande guerre des sexes - le partage du patrimoine familial.
- Il est important de ne pas changer d'opinion si on change de bord à l'assemblée.
- La mondialisation : un recul important pour les femmes.
- À travailler : dichotomie entre la légèreté des hommes et la gravité des femmes.
Léa Cousineau (Présentement, présidente de la Commission des partenaires du marché du Travail; a été conseillère municipale pour la Ville de Montréal en 2002)
- La politique c'est un métier. Il faut avoir le goût, le talent et les aptitudes. Il n'y a pas d'école d'élues.
- On doit être préparée c'est- à-dire être claire par rapport à nos convictions.
- La grande école : avoir le privilège de travailler avec des modèles tels que mme Payette (1977-79); mme Louise Harel au Secrétariat à la condition féminine; mme Goupil ainsi que mme Maltais.
- En premier, il faut avoir le goût de faire de la politique après on parle de choix de Parti.
- Le projet d'aller en politique nous ressemble. Il est selon nos idées.
- Il faut être capable de vivre la compétition entre collègues femme et homme avec qui ont partage la même éthique, les mêmes valeurs profondes.
- Une fois élue, dans l'exercice du pouvoir, il y a des moments d'isolement, surtout quand tu deviens porteuse de décisions.
Rita Dionne Marselais (Porte-parole de l'opposition officielle en matière des Métropoles)
- La politique demande de l'organisation.
- Il faut s'en servir comme un outil.
- Sa pensée féministe : à talent égal, je choisis une femme.
- C'est la recherche d'égalité entre les hommes et les femmes.
- Il faut faire confiance à son instinct de femme.
- Les valeurs de base qui guident les femmes et plusieurs hommes sont : la famille, la liberté, la justice et la recherche du bonheur.
- Deux façons d'avoir du pouvoir : 1. organisation politique (se dit idéaliste à ce sujet) 2. Argent.
- Plus l'organisation politique est éloignée du citoyen, moins il y a de femmes.
- Difficulté rencontrée : exercer l'autorité sur les autres femmes surtout en combat.
- La politique actuelle ressemble à une structure militaire. Même les médias interprètent plus en homme.
- Les femmes valorisent davantage le mentorat, le coaching.
- Il faut encourager les candidatures féminines pour avoir plus de femmes élues afin de changer la structure.
- Il faut développer des réseaux de soutien pour les femmes intéressées par des postes décisionnels.
Agnès Maltais (Porte-parole de l'opposition officielle en matière d'habitation)
- Femme et pouvoir: se conjuguent difficilement. Les femmes craignent le pouvoir parce qu'elles ont peur d'être mal vues. Avoir du pouvoir pour une femme c'est interprété comme pas correct - ça n'appartient qu'aux hommes.
- Le pouvoir, il faut le voir comme un verbe c'est-à-dire comme le verbe faire ou le verbe bâtir.
- La politique est un métier d'engagement.
- C'est un monde où il faut faire œuvre de convictions. Il faut convaincre à partir de ses valeurs profondes en acceptant ou en subissant le blâme.
- Il faut accepter de perdre un combat d'idées pour faire gagner du terrain.
- Il existe de la solidarité entre femmes élues.
- Il faut vivre une difficile cassure avec les féministes de terrain.
- Il faut avoir le courage de briser les règles mises en place par les hommes.
- Son principe féministe: À valeur égale, je choisis une femme.
- Il faut combattre le sexiste que l'on vit dans les lieux politiques.
- D'accord avec le propos de Lise Payette qui disait que la politique c'est un métier d'engagement.
- Avoir de l'ambition pour une femme c'est sain.
Lisa Frulla (Ministre du développement social)
- Deux (2) fiertés: 1. l'équité salariale. Les femmes sont une force extraordinaire. 2. solidarité et amitié. Lisa Frulla a travaillé avec Louise Beaudoin, sa grande amie, qui a un parcours exceptionnel en politique.
- Louise Beaudoin est sa meilleure amie depuis plusieurs années. Aujourd'hui, elle enseigne à l'UQÀM. Malgré les convictions et les divergences, elles ont gardé leur amitié.
- Les femmes sont bonnes en politique. Elles font moins " spectacle " que les hommes et sont plus " dossiers "; elles prennent cela plus à cœur.
- Aujourd'hui, il y a plus d'ouverture aux femmes qui veulent se présenter en politique. Les Partis veulent des femmes. On fait de la place. Les lois financement provincial et fédéral aident ainsi que le cocus des femmes.
- Les règles sont difficiles mais c'est passionnant.
- Plus on sera nombreuses, plus on va changer les règles du jeu. Un exemple : avant l'Assemblée nationale siégeait 24h par jour. Grâce à des demandes de femmes élues, les heures de séances sont plus courtes et davantage adaptées à leurs besoins.
- En politique, les femmes ne sont pas à l'aise comme c'est présentement. Ce sont les femmes qui peuvent faire changer cela et à leur façon.



