22 février 2004| Vol. 2, No. 1 - Mars-Avril 2004 |
Fonds de lutte contre la pauvreté

L'équipe du Centre

Suite à la marche «Du pain et des roses», en juin 1995, les Québécoises ont obtenu des gains concrets importants dans la lutte contre la pauvreté:

  • loi sur l'équité salariale
  • l'augmentation du salaire minimum
  • l'invitation aux femmes à venir participer au Sommet économique d'octobre 1996, ce qui leur permet de devenir partie prenante à la prise de décision dans le secteur économique.

C'est d'ailleurs lors de ce Sommet sur l'économie et l'emploi, en octobre 1996, qu'est né le Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail. Il a été instauré en 1997 pour une durée de trois ans.

On se rappellera que ce Fonds spécial soutenait des projets de préparation à l'emploi, de création d'emplois et d'insertion en emploi, réalisés par des organismes promoteurs afin de permettre à des gens économiquement démunis d'intégrer le marché du travail et de sortir du cercle de la pauvreté.

Plusieurs projets d'insertion en emploi et de création d'emplois ont été financés par ce Fonds. Ce dernier offrait un tremplin vers des expériences durables en emploi à plusieurs personnes vivant dans une très grande pauvreté, c'est-à-dire - de façon plus spécifique - les prestataires de l'assistance-emploi, les personnes immigrantes, les minorités visibles et les femmes.

Comme les résultats de cette première expérience furent positifs, le gouvernement - avec ses partenaires réunis au Sommet du Québec et de la jeunesse en février 2000 - a convenu de reconduire le Fonds jusqu'en 2003 et y a injecté une somme de 160 M$, répartie sur trois ans, en élargissant le public cible afin d'inclure les jeunes aux projets.

Bilan positif

Dans un communiqué de presse en date du 11 juillet 2002, la ministre Linda Goupil, alors ministre d'État à la Solidarité sociale, à la Famille et à l'Enfance sous le gouvernement du parti Québécois, indiquait que depuis 1996, plus de 289 M$ avaient été investis pour soutenir 3 638 projets, offrant à plus de 29 000 Québécoises et Québécois un tremplin vers l'emploi.

Uniquement au cours de la dernière année, 40 M$ ont été accordés à 695 projets, permettant à plus de 3 500 personnes de vivre une expérience de travail, d'effectuer un stage ou d'obtenir une formation.

Dans la seule région de Montréal, le Fonds de lutte a aidé, depuis 1997, plus de 10 000 personnes démunies à cheminer vers l'emploi grâce aux 69,3 M$ dont ont pu profiter plus de 730 organismes pour la réalisation de leurs projets.

Selon le document «Évaluation des impacts individuels du Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail (Fonds 2002-2003)», publié par la Direction générale adjointe de la recherche, de l'évaluation et de la statistique en janvier 2003, ce sont les femmes et les minorités visibles qui auraient tiré davantage profit de ces projets de préparation, de création et d'insertion en emploi. On peut en déduire que les expériences de travail vécues ont été bénéfiques et ont contribué à améliorer leurs conditions de vie.

Un nouveau Fonds - loi 112

Malgré ces résultats significatifs, le Fonds disparaît. La période d'acceptation de projets a pris fin le 31 mars 2003. Évidemment, le gouvernement indique que tout l'argent attribué a été utilisé.

Peut-on alors espérer une nouvelle reconduction? Pas vraiment.

Le fonds de lutte contre la pauvreté est abrogé par la loi 112, «Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale». Adoptée à l'Assemblée nationale en décembre 2002, cette législation a comme objectif de faire du Québec l'un des états qui compterait, d'ici dix ans, l'un des plus bas taux de pauvreté parmi les nations industrialisées. Pour ce faire, une stratégie nationale a été instituée.

Dans cette loi, il est prévu de créer un Fonds québécois d'initiatives sociales. Un Fonds - dont la durée demeure à déterminer - qui remplace le Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail. Quand va-t-il être instauré? Quel budget aura-t-il? Comment sera-t-il administré? On n'en sait rien.

Malheureusement, la mise en œuvre de cette loi, et plus spécifiquement l'élaboration du plan d'action gouvernemental et la création du nouveau Fonds québécois d'initiatives sociales, se font attendre. Une année va s'être écoulée depuis la fin des acceptations des derniers projets du Fonds de lutte! Avant que la mécanique se mette en branle pour un nouveau Fonds, combien de temps encore faudra-t-il attendre? Il faut dès à présent dire haut et fort que cette inaction gouvernementale, ces tergiversations sont inacceptables!

En mars prochain, le ministre des Finances Yves Séguin rendra public son budget pour l'année 2004-2005. Il est primordial que le gouvernement Libéral en place annonce des actions tangibles qui permettront de concrétiser les objectifs de la loi 112 dans son ensemble, et de façon spécifique l'attribution de budget au nouveau Fonds québécois d'initiatives sociales.

De jour en jour, la population s'appauvrit, et en particulier les femmes. Le besoin pour le soutien financier d'un tel Fonds est criant, et il leur est vital afin de réintégrer le marché du travail et se sortir de la pauvreté. Ça urge!

Pour en savoir davantage, consultez le site du Collectif pour un Québec sans pauvreté.